Julien Delfaud,
connu entre autres pour son travail avec Phoenix ou Super Discount,
se penchera sur le cas de Mon nom et Des questions me reviennent, deux
chansons aux armatures folk classiques qu’il s’emploiera
à dévergonder en compagnie d’un autre agitateur
électro, Benjamin Lebeau (The Shoes), leur duo finissant par
co-réaliser la moitié de l’album. De l’autre
côté de l’Atlantique, dans le Brooklyn turbulent
d’où ont émergé les plus cruciales expériences
sensorielles des dix dernières années, Gaëtan s’est
posé avec en tête les carambolages sonores orchestrés
par LCD Soundsystem et plus largement dans les productions du label
DFA. Tim Goldsworthy, cofondateur de Mo’Wax et désormais
Midas de DFA, entraînant dans la boucle son partenaire Eric Broucek
(Juan McClean !!!), apportera lui aussi les éléments combustibles
qui contribuent au bel embrasement de ce disque feu d’artifice.
L’autre idée qui tenait à cœur de Gaëtan
Roussel, c’était de repenser entièrement les parties
vocales, faire cohabiter le français et l’anglais et accueillir
des voix extérieures, avec toujours à l’esprit cette
impression de plénitude ressentie à l’écoute
des disques de Gorillaz. Pas question pour autant de procéder
à un casting artificiel de featurings désireux d’arrondir
leurs fins de mois. Deux noms finiront par émerger de ces cogitations
comme une double évidence. D’un côté Gordon
Gano, le pistolero de Violent Femmes, source d’inspiration de
toujours et figure tutélaire de Louise Attaque depuis les débuts.
De l’autre la plus surprenante Renee Scroggins, l’une des
trois sœurs légendaires de E.S.G, le groupe New Yorkais
du South Bronx qui célébra au début des années
80 la rencontre entre le feu Hip-Hop et la glace Cold Wave. "J’ai
découvert E.S.G lors de leur reformation en 2001 et j’avais
l’impression d’être le dernier à connaître
ce groupe qui incarne pourtant tout ce que j’aime." Gano
et Scroggins, deux des étoiles les plus éloignées
de la galaxie rock américaine des années 80 et qui pourtant
trouvent parfaitement leur place dans celle d’un français
aux idées rassembleuses. En entrelaçant sa voix au flow
toujours aussi vénéneux de Renee sur Si l’on comptait
les étoiles, puis en lui laissant quasiment toute la place sur
le turbulent Do you wanna dance – qui sonne véritablement
comme un inédit de E.S.G -, Gaëtan Roussel fait preuve d’un
sens de l’hospitalité qui anoblit encore un peu plus sa
démarche. Avec Gordon Gano, l’enjeu était ailleurs,
car les deux hommes se connaissent si bien que seul un rôle à
contre-emploi pouvait encore les faire se surprendre. Cela donne le
très impressionnant Trouble, véritable cadavre exquis
musical s’entrechoquent tant le hip-hop bluesy des premiers Beck
que le mellotron des Beatles et les cuivres des Specials.