CARLOS NUNEZ
Nouvel album “Cinema Do Mar”

Sortie 9 mai 2005 (Columbia / Sony Bmg)


Carlos Nuñez n’est jamais où on l’attend. Ce virtuose de la gaita, la cornemuse galicienne (la Galice est la Bretagne espagnole, le septième pays celtique, dit-on outre-Pyrénées) s’est vu plusieurs fois primé au festival Interceltique de Lorient , la première fois, à l’âge de treize ans ; il est sorti avec les honneurs de la classe de flûte classique au Conservatoire de Madrid ; il a entamé sa carrière et commencé de parcourir le monde aux côtés des Chieftains, légendaire tribu musicale irlandaise. Mais si ceux-ci figurent au générique du premier album de Carlos, Brotherhood of stars, en 1996, c’est en compagnie de la chanteuse espagnole Luz Casal, de la Portugaise Dulce Pontes, du guitariste américain Ry Cooder, de « compadres » cubains.
Deux ans plus tard, Jackson Browne, Dan Ar Braz, l’Israëlienne Noa ou le flamenquiste Vicente Amigo, parmi bien d’autres, justifient le titre du second album de Carlos, Os amores libres. En 2000, Mayo longo réunit la crème des musiciens irlandais et Roger Hodgson, ex-Supertramp. Il y a deux ans, Un Galicien en Bretagne voit le Catalan Jordi Savall rejoindre un équipage breton composé de Dan Ar Braz, Gilles Servat, Alan Stivell. Nuñez poursuit son singulier voyage, continue de traverser terres et mers, temps et genres. Cette fois, son périple passe par le cinéma. Un amour de longue date, depuis les séances en plein air de son enfance sur la plage de Vigo, son port natal en Galice ; et depuis ce tout premier enregistrement, en 89, avec les Chieftains, pour la B.O. du film L’Ile au trésor de Stevenson, avec Charlton Heston et Oliver Reed.
Carlos revient à ses plaisirs de pellicule grâce à Alejandro Amenábar, cinéaste espagnol d’origine chilienne. Pour son film Mar Adentro, le réalisateur, qui compose lui-même ses bandes originales demande au musicien le morceau Negra sombra, auquel participaient Luz Casal et Ry Cooder sur le premier album de Carlos. Nuñez envoie tous ses enregistrements à Amenábar avant de le rencontrer, et de découvrir qu’ils partagent une même approche, une même intuition. Les deux hommes vont travailler ensemble, Nuñez apportant les idées d’instruments et de sonorités celtiques. A sa sortie, Mar Adentro se verra salué par de nombreux prix, aux Oscars américains, à la Mostra vénitienne et aux Goyas espagnols (pour la meilleure musique notamment).
L’expérience a inspiré à Carlos le désir de faire son propre cinéma, son Cinema do mar. Avec deux idées fortes : faire un « casting d’instruments », comme il l’a fait pour le film d’Amenábar, tout en gardant à la gaita le rôle principal ; choisir des musiques qui ont accompagné des films, ou qui portent en elles-mêmes des images fortes. La première idée est évidemment excitante pour un musicien : faire redécouvrir des instruments, ou redécouvrir des sonorités pour ceux que l’on croyait familiers, aiguise l’oreille et le jeu. La deuxième idée est plus dangereuse : Le Parrain, le Concerto d’Aranjuez, le Boléro de Ravel sont des mélodies si connues qu’on les croit usées par le frottement de millions d’oreilles, des mélodies banalisées à force de passer en boucle dans les centres commerciaux, les ascenseurs et les standards téléphoniques. Les reprendre, n’est-ce pas recourir à la facilité, à la complaisance d’un amateur de « saucissons » , comme les musiciens appellent entre eux ces morceaux râbachés ?.
Rien de tel ici, découvre-t-on à l’écoute, car il s’agit bien de découverte, plus que de redécouverte. Les souvenirs ne sonnent plus familiers ; le choix des instruments, les alliances orchestrales, vielle à roue, programmations, symphonique, gaita , emmènent ailleurs, créent des sonorités différentes, troublantes. L’aventure était périlleuse, le défi valait d’être relevé. Ecoutez plutôt.

Anne-Marie Paquotte

CINEMA DO MAR : TITRE PAR TITRE

CONCERTO DE ARANJUEZ (ADAGIO) – JOAQUIN RODRIGO 2’13
On dit souvent à Carlos qu'il joue de sa cornemuse comme d'un violon ou d'une guitare électrique. Une vieille Gitane, après un concert dans la maison de Federico García Lorca avec des musiciens de flamenco, lui a même dit qu'il jouait de la gaita comme un Gitan… Il y a un peu de tout ça dans cette version du concerto d'Aranjuez : Carlos nous invite à écouter la gaita comme nous ne l'avons jamais entendue et nous fait redécouvrir cette mélodie qui est peut-être la plus universelle de toute la musique espagnole. Elle est aussi galicienne jouée à la gaita qu'andalouse à la guitare. Ecoutons-la d'une oreille neuve, oublions les versions les plus kitsch de cette mélodie qui dépasse le monde du cinéma, où elle a souvent été utilisée, mais aussi celui de la musique classique où elle est née.
Carlos et son groupe l'ont jouée lors de leur récente tournée aux Etats-Unis avec les légendaires Chieftains dont elle est devenue la préférée. Les spectateurs qui la découvraient disaient que c'était la plus belle mélodie pour cornemuse qu'ils aient jamais entendue et ceux qui la connaissaient déjà disaient que c'en était la plus jolie version. La plus connue là-bas étant la version de Miles Davis, ce n'est pas un mince compliment !

BOLERO – MAURICE RAVEL 2’49
Si l'adagio du Concerto d'Aranjuez est la mélodie espagnole la plus universelle, le Boléro en est l'équivalent français. En Espagne, il évoque immédiatement le monde du cinéma et le passage à la démocratie, avec les premiers films "calientes" après quarante ans de censure franquiste, qui ont utilisé le côté érotique du Boléro dans leurs bandes sonores.
Oublions là encore les idées préconçues et nous nous apercevrons que c'est, entre les mains d'un grand interprète, l'une des mélodies les plus belles, les plus spectaculaires et les plus originales jamais composées.
Carlos la joue à la gaita depuis des années. Après ses débuts en soliste à 13 ans avec l'orchestre du Festival Interceltique de Lorient, il cherchait des morceaux inexistants pour gaita et orchestre. Le Boléro correspondant parfaitement à la tonalité en Do et à la gamme de la gaita, il s'est mis à le jouer pour lui-même mais il s'est aperçu que les gens qui l'entendaient par hasard l'aimaient beaucoup. Il s'est finalement décidé à enregistrer cette version qui développe l'idée originelle de Ravel par rapport aux sons obsédants des machines que les programmations de Xurxo Núñez apportent ici

.LE PARRAIN – NINO ROTA 3’29
L'Italie est un pays que Carlos adore et il y joue souvent. Sa musique traditionnelle ressemble un peu à celle de la Galice, la tarantella est, par exemple, proche de la muiñeira galicienne. La musique celtique a parfois un côté méditerranéen et, s'il y a bien une musique celte du soleil, c'est celle de la Galice, terre atlantique certes, mais aussi méditerranéenne : les fougères, les ajoncs, les hortensias et les camélias y côtoient les vignes, les orangers et les oliviers…
La vielle à roue, jouée de main de maître par Pancho Alvarez, entraîne ce morceau dans l'univers sonore galicien. Ce sont des sonorités liées au renouveau de la musique galicienne après le franquisme, oubliées dans l'explosion celtique des années 90, celles qu'a choisies Amenábar pour son film quand il faisait le "casting d'instruments" avec Carlos, qui a eu l'idée de les utiliser alors pour son propre projet.

TITULOS FINALES (MAR ADENTRO) - ALEJANDRO AMENÁBAR 5’07
Carlos parle de l'intuition surprenante d'Alejandro Amenábar quand il a composé la bande originale de Mar Adentro avec des sonorités celtiques. On découvre ici le choix final des instruments fait par Carlos et très attentivement suivi par Alejandro qui a même voulu essayer lui-même les voix d'instruments aussi "exotiques" que la uilleann pipe (cornemuse) irlandaise ou la zanfona (vielle à roue) galicienne.
A la fin de Mar Adentro, Titulos Finales nous laisse un sentiment de nostalgie. En la définissant comme  « la musique celtique qui sonne à Hollywood", Carlos avait peut-être deviné l'Oscar à venir… C'est en tout cas une belle musique en elle-même, qui a beaucoup de succès en concert, une grande ouverture pour gaita et orchestre symphonique 

!PRELUDE A LA SUITE POUR VIOLONCELLE N°1 – J.S. BACH 2’49
Le monde des bandes sonores est plein de musiques minimales, intéressantes souvent, parfois très belles. Le regretté Derek Bell, harpiste des Chieftains dont la disparition nous laisse un si grand vide, disait avec un peu d'ironie : "Personne n'a écrit de musique répétitive comme Johann Sebastian Bach". Ce Prélude, l'une des œuvres de Bach les plus connues et les plus actuelles, a évidemment été utilisé par le cinéma, les Suites ayant même inspiré une série de six films.
Bach n'aurait sûrement jamais imaginé que ses œuvres seraient jouées à la cornemuse. Il existe pourtant une Partita pour flûte qui ressemble beaucoup à ce prélude, la difficulté pour les flûtistes étant qu'il n'y a aucune pause leur permettant de respirer. Ce serait donc un morceau idéal pour la gaita.
Carlos a récemment joué le Prélude à Leipzig, à l'église St Petr, dont Bach a été le maître de chapelle et où il jouait de l'orgue. L'accueil du public a été exceptionnel pour ce morceau, sans doute le "highlight" de la tournée allemande.
Carlos le joue comme une alborada, ancienne mélodie galicienne qui permettait au sonneur des variations montrant sa virtuosité. Quelques-unes, comme celle qui a donné naissance à Aires de Pontevedra, rappellent de façon surprenante cette œuvre de Bach, notamment dans leurs préludes improvisés.YOU'RE SO COOL – HANS ZIMMER 2’29
Un exemple de ces mélodies "de ida y vuelta" (aller retour) : cette composition de Hans Zimmer très connue et très utilisée, notamment dans la bande sonore du film True Romance. "A mi-chemin entre Enya et le calypso", elle ressemble beaucoup aux villancicos, les chants de Noël galiciens qui sont encore joués en Amérique Latine, métissés avec leurs accents rythmiques, sous le nom de "gaitas" qui ne laisse aucun doute quant à leur origine.


MISSION – ENNIO MORRICONE 3’02
Un autre compositeur légendaire de musique de films : Ennio Morricone. Carlos a eu la chance de le connaître personnellement grâce à leur amie commune, la grande chanteuse portugaise Dulce Pontes.
Alejandro Amenábar a suggéré à Carlos d'enregistrer The Mission, en l'amenant du monde orchestral à son propre monde, plus celtique, ethnique et percutant. C'est une mélodie en relation avec l'adolescence de Carlos (toutes les filles voulaient qu'il la leur joue à la flûte !) ainsi qu'avec un sujet qui le passionne, les missionnaires espagnols qui ont apporté leur musique baroque et populaire en Amérique où elle s'est mêlée aux musiques locales puis aux rythmes des esclaves africains, avant de revenir en Europe enrichie de nouvelles couleurs.


WOMEN OF IRELAND – SEÁN Ó RIADA 2’28
Les Chieftains ont une longue relation avec le cinéma et ont même obtenu un Oscar pour Barry Lyndon grâce à Women of Ireland. C'est l'une des ballades les plus connues de la musique celtique que Carlos joue dans le monde entier en hommage à ses amis et maîtres. Ce morceau, très inspiré de la tradition irlandaise, a été composé par Seán Ó Riada qui a cru à la qualité de la musique traditionnelle à un moment où elle était fort méprisée.
Dans cet enregistrement réalisé au National Concert Hall de Dublin et au Palau de la Musica à Barcelone, le groupe de Carlos est accompagné par le grand guitariste flamenco Juan Manuel Cañizares.


TRISTAN ET ISEULT – PADDY MOLONEY 3’23
Paddy Moloney, leader des Chieftains, est aussi un compositeur de talent qui a participé à des dizaines de musiques de films. Carlos a joué ses œuvres avec les Chieftains et des orchestres du monde entier.
Il a sélectionné l'une de ses mélodies favorites, celle de Tristan et Iseult, sûrement la plus grande histoire d'amour que la Matière de Bretagne ait donnée au monde. Paddy l'a composée pour sa femme, Rita, et on l'entend dans le film dont Richard Burton est l'un des acteurs principaux. Carlos a enregistré ce morceau avec les Chieftains et The National Youth Pipe Band of Scotland chez lui, à Vigo.WEEP NOT FOR THE MEMORIES / A WEEK IN JANUARY – SEAMUS EGAN 4’09
Au cours de sa récente tournée en Allemagne, Carlos a rencontré Seamus Egan, le compositeur de ce beau morceau, et son groupe d'Irish-Americans, Solas, avec qui il a passé un mois "on the road". Carlos l'a enregistré avec eux dans l'une des plus belles salles où ils se sont produits, le Musikhalle de Hamburg. Seamus l'a composé quand il était tout jeune et sa charmante simplicité lui a valu d'être incorporé à la bande originale du film "Brothers McMullen" qui est, tout comme la musique, une bonne illustration de la fusion des styles irlandais et américain.


EL VIAJE (MAR ADENTRO, MEDLEY) – ALEJANDRO AMENÁBAR 5’58
Le groupe de Carlos est ici rejoint par le prestigieux London Session Orchestra pour une sélection inédite des morceaux principaux composés par le réalisateur. Carlos se souvient que les mélodies d'Alejandro prenaient de plus en plus de force avec chaque instrument ajouté pendant le processus d'enregistrement. Il a fait appel, en plus de son propre groupe, à des "pandereteiras", chanteuses traditionnelles du village de Ramón Sampedro, ce Galicien dont l'histoire a inspiré le film. C'est le style sauvage et ancestral de la côte nord de la Galice "a costa da morte", celle qui a le plus souffert de la marée noire provoquée par le naufrage du Prestige.
Alejandro dit que Carlos et ses musiciens ont réussi à faire que le voyage montré aux spectateurs soit aussi un voyage en Galice. Carlos a donné à Ramón Sampedro la voix d'une cornemuse, d'une multitude de cornemuses, et a contribué à ce que son plaidoyer, qui était un chant à la mort, soit aussi un chant à la vie, à la "buena vida"

.THE SAILOR'S HORNPIPE (POPEYE) – TRAD. ECOSSAIS 2’11
On trouve de nombreuses mélodies traditionnelles irlandaises et écossaises dans le cinéma hollywoodien qui a contribué à universaliser l'imaginaire de la musique celtique, ne serait-ce que par les pipe bands écossais qu'on a vus dans tant de films. Certaines sont devenues des standards dans le monde entier comme Garryowen, Scotland The Brave ou celle-ci, The Sailor's Hornpipe. C'est une vieille mélodie associée à la mer et connue sous d'autres titres, mais particulièrement grâce à Popeye. Reprise par les vrais musiciens traditionnels que sont Carlos et le groupe irlandais Altan, elle retrouve toute sa saveur de "great traditional music".
Carlos et Altan sont accompagnés par Seamus Fay. A plus de 70 ans, il est l'un des "lilters" les plus réputés d'Irlande - les lilters sont ces chanteurs dont la voix imite les instruments à la perfection. On croirait entendre chanter Popeye lui-même !

 

 


Après sa dernière tournée en France au printemps dernier, de nombreux festivals cet été (dont L’interceltique de Lorient, la Fête du chant de Marin de Paimpol, …), et avec déjà 20 000 exemplaires de son dernier album vendus, Carlos revient pour quelques dates du 30 octobre au 7 novembre.
A l’occasion de cette tournée, l’album est exceptionnellement vendu à 9,99€ TTC* en octobre et novembre (*dans les magasins participants à l’opération).


Dimanche 30/10 à 20h30
Le Dôme
Rue des droits de l'homme, 56890 Saint-Avé
Tarif : de 21,60€ à 24,60€, www.fnac.com
Lundi 31/10 à 21h00
Centre Culturel
2 rue des Cerisiers, 29940 La Foret Fouesnant
Tarifs : 20€ / 25€ guichet
Mardi 01/11 à 19h00
Centre Culturel
2 rue des Cerisiers, 29940 La Foret Fouesnant
Tarifs : 20€ / 25€ guichet
Vendredi 04/11 à 20h30
Quai des Arts
2 avenue Camille Flammarion, 44380 Pornichet
Tarif : 20€
Samedi 05/11 à 20h30
Centre Culturel Joel Le Theule
16 rue St-Denis, 72300 Sable sur Sarthe
Lundi 07/11 à 20h30
Bourse du Travail
205 place Guichard, 69003 Lyon
Tarif 28€, www.fnac.com

Toutes les dates de concert sur www.carlosnunez.com